Numero 4, luglio-agosto 2010


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Initation à une langue etrangere en maternelle
Comment la découverte d’une langue étrangère en maternelle participe à la structuration des langages et par le choix de supports interculturels à la construction du citoyen européen.

Cristina Moreno-Avrand*


L’année dernière j’ai participé au congrès national de l’AGEEM, association générale des enseignants en classe maternelle, avec pour thème la problématique suivante à développer: comment l’apprentissage de la langue anglaise peut aider à structurer la langue française. L’observation tout au long de l’année de mes élèves de moyenne et grande sections m’a permis d’étayer cette publication.  Cette thématique développée au congrès d’Hyères s’étoffe cette année grâce à d’autres expérimentations. La langue étrangère peut également servir de support  dans le domaine de la découverte du monde (numération, structuration de l’espace, technologies de l’informatique et de la communication).
L’apprentissage de la langue ne se conçoit qu’avec une communication. La relation avec une classe étrangère, par le biais de la plateforme e-twinning ou des relations personnelles avec des enseignants à l’étranger favorisera des échanges authentiques, et un enrichissement interculturel.
Mais abordons le sujet en commençant par évoquer les compétences que nous allons chercher à développer en premier lieu en classe maternelle.
De quelles compétences allons-nous principalement nous préoccuper en maternelle ?
L’initiation à la langue tourne autour de quatre compétences, ou « 4 skills » pour les britanniques :

Orale -> comprensione
        -> produzione

Scritto -> comprensione
            -> produzione
Evidemment, en maternelle nous nous centrerons sur l’appropriation du langage, en priorité. La langue étrangère servira de support pour échanger et s’exprimer, en participant à un échange collectif. Il faut écouter autrui, pour bien saisir la nature du message, surtout lorsque l’on ne connaît que quelques mots. En langue étrangère ce sera essentiel et nécessitera une attention soutenue pour repérer tous les mots émis.  L’attitude requise pour la compréhension lors d’une communication en langue étrangère est d’écouter dans le calme pour s’approprier le message, mémoriser le lexique proposé. L’autre compétence associée est bien sûr d’attendre son tour de parole. On ne peut percevoir le contenu du message qu’à condition d’observer ces deux conditions.
En conclusion, cette même attitude sera renforcée en situation de communication en langue maternelle.

 

Le volet phonologie
Il suffit de relire les écrits de Claude Hagège* et d’Alfred Tomatis, pour se rappeler que l’oreille est ethnique avant même d’être nationale. On ne parle pas le français avec le même accent à Marseille ou à Paris. Tomatis explique que les facteurs climatiques et la situation géographique filtrent les sons et oblige  l’oreille à s’en accommoder (impédance de l’air, altitude, humidité).
Si le tout jeune enfant possède la faculté de percevoir les différents phonèmes des langues, il perd au fil de ses premières années une grande partie de ses potentialités et l’oreille devient nationale très jeune, capable de ne percevoir que les phonèmes qu’elle a été habituée à reconnaître, d’où l’urgence à sensibiliser nos jeunes élèves en maternelle. Les fréquences hertziennes du français se situent entre 1000 et 2000 Hertz, celles de l’anglais sont comprises entre 2000 et 12000 Hertz.  Il est clair que la voix ne peut produire que ce qu’elle entend, avec en prime la difficulté d’une mise en place différente des organes phonatoires.
Les comptines anglaises apprises en classe, selon la progression Jolly Phonics , permettent de découvrir de nouveaux sons, qu’il va falloir reproduire en cherchant individuellement comment placer ses organes phonatoires.
Pour reproduire en anglais il faudra se concentrer pour saisir les différences sonores, accepter la prise de risque d’une articulation hésitante. La curiosité des jeunes enfants permet de limiter les situations inhibantes que l’on vit ensuite à l’âge du collège. Comme le résume si bien Claude Hagège: « Ils encourent la sanction du rire pour des gestes qui ne sont pas inscrits au nombre des comportements reconnus »  . Les élèves de maternelle n’ont aucun complexe à répéter, écorcher et à réessayer de produire un message selon le modèle proposé. Pour nous, enseignantes en maternelle, c’est un véritable bonheur de les voir chercher, se questionner et reproduire le son, le schéma intonatif proposé.
 Exemple: les deux prononciations du « th », vont faire rechercher aux élèves le bon positionnement des différents organes, dans des gestes culturels différents de la langue maternelle.
Les diphtongues et triphtongues anglaises vont égrener les sons dans un ordre qu’il faudra mémoriser pour pouvoir les reproduire. Les sons complexes fréquents [sp] présents dans « speak » aideront à force d’être produits et reproduits à prononcer des mots français  tel que le mot « spectacle » qui est si souvent « écorché » par les enfants de 4 et 5 ans. 
Le jeu en langue étrangère, où tout le monde part généralement du même niveau, concourt à l’adhésion de tous. En conclusion, comme j’ai pu le constater avec mes élèves, il donne une amélioration de la production orale, aussi bien en langue anglaise qu’en langue maternelle.
Il est à noter également, que dès la maternelle l’identification sonore du pluriel en anglais, souvent muette en français, à quelques exceptions près, est un premier pas vers des notions grammaticales et des règles d’écriture du pluriel auxquelles les enfants seront confrontés ultérieurement.


La précision lexicale 
Le choix des supports est évidemment essentiel. La précision lexicale a pu se développer, lors de notre expérience, grâce notamment au logiciel « PODD » commercialisé par Indigo Learning.
Les élèves, ont découvert les verbes d’action avec ces ressources pédagogiques, et ont pu différencier : « blink/wink », « bounce/jump/skip », pour ne citer que ceux-ci. Les clips de ce logiciel ont facilité la reconnaissance et la différenciation des actions. Les élèves de moyenne et de grande sections, grâce à ce support, se sont intéressés au sens des mots. Ces activités aident à trouver les mots pour le « non-dit ».Ces actions sont tellement évidentes pour les adultes que l’on passe parfois involontairement à côté de la nuance à fournir aux élèves. Ainsi l’initiation à la langue anglaise participe à une véritable structuration de la langue française, en enrichissant le lexique. En conclusion, compréhension et production orales permettent aux deux langues de s’enrichir en synergie.
Il en est de même pour d’autres domaines d’activités. Nous avons évoqué dans le préambule que la découverte de la langue étrangère favorisait l’étoffement des compétences dans d’autres domaines d’activité. La découverte du monde, qui recouvre dans les programmes de l’école maternelle française, la structuration de l’espace, la numération etc… a également fait appel à des supports utilisés pour l’initiation à la langue anglaise, et nous a même permis d’aller jusqu’à une production écrite. De la comptine numérique acquise en anglais, dont les nombres sont mémorisés, nous avons pu procéder à une dictée  associant en anglais nombres et couleurs nous permettant de fixer à l’écrit le capital mots mémorisé par les élèves.
La découverte des emblèmes nationaux, a quand à elle, permis de travailler la structuration de l’espace, le tracé, et parallèlement le métalangage mathématique de manière naturelle. Les élèves pour décrire leur réalisation parlent de lignes horizontales, verticales, d’obliques, d’espaces.
L’emploi des nouvelles technologies de l’informatique et de la communication nous ont permis d’échanger des mails avec la classe partenaire en Grande-Bretagne. En effet, l’apprentissage d’une langue étrangère ne doit pas tourner à vide et être un simple objet de jeu en classe, ou un échange pour faire plaisir à la maîtresse. Il faut offrir aux enfants des situations de communications authentiques, et c’est là que vient l’aide du partenariat E-twinning. La plateforme européenne offre la possibilité de trouver des classes correspondantes dans différents pays européens.
Ces échanges ont permis aux enfants de découvrir l’espace géographique de leurs correspondants. Nous avons par le biais d’envois réciproques de cartes postales comparer nos paysages, et enrichi encore une fois, le métalangage.
Avant de leur proposer des situations de communication écrites, nous avons appris à nous présenter avec des supports vidéo pour la classe partenaire, en parlant distinctement, en français, puis en anglais : savoir utiliser le pronom « je » pour parler de soi,  savoir dire qui on est, quel âge on a », oser prendre la parole en public, sont autant de compétences travaillées.
Les correspondances écrites, nous ont permis de travailler en binôme, la lecture et l’écriture de textes, certes modestes mais concrètement. La correspondance électronique à permis de renforcer les compétences en lecture et écriture ; à apparier l’écriture cursive  des modèles de textes manuscrits et les capitales d’imprimerie du clavier, en vérifiant instantanément à l’écran le travail produit. Les textes écrits étaient réalisés en langue maternelle.
La venue de la vidéoconférence, cette année, nous permet maintenant de voir en direct nos correspondants et d’échanger sur des supports culturels préalablement choisis avec l’enseignant partenaire. L’enseignant a donc un rôle important, car c’est lui qui choisit les unités porteuses de sens. Choisir des supports axés sur le quotidien et les centres d’intérêt (comptines, albums de jeunesse, jeux divers ) favorise la communication. Ces échanges entre élèves des deux côtés de la Manche favorise l’émergence de l’empathie.
En témoignage, le commentaire de Shelagh Cosgrow, Head d’ East Tilbury Infant School, : 
« Please carry on with the etwinning projects. I will also mention the video conference and the songs. The children were transfixed and fascinated to see your children.
I am convinced that we would both benefit from exploring the benefits of introducing children to other languages at early developmental stages and
that it is appropriate to their stage of development. »
Ainsi se construit la dimension européenne des citoyens en devenir que sont nos jeunes élèves. L’enseignement des langues ne doit plus se penser seul dans sa classe face aux élèves, mais dans une dynamique européenne de communication, avec échange entre les enseignants volontaires et partenaires d’Europe.

 

* Cristina Moreno-Avrand Professeur des Ecoles Membre du Comité de pilotage des Langues pour le Var  Enseignante à l’école maternelle Marc Legouhy avenue Jules Ferry 83980 Le Lavandou

 

Note al testo

Jolly Phonics songs Laurie Fyke and Kerrie Sinclair ISBN 978-1-84414-069-5

L’enfant aux deux langues, Paris, Odile Jacob, 1996, 298 pages.

PODD Indigo Learning www.indigolearning.com

Colour in English B Small Publishing ISBN : 1-902915-67-4